Confusion des rôles dans la vie privée

Comment maintenir des frontières saines entre posture professionnelle et relations personnelles

Par Eve, kinésiologue en formation

Introduction : le piège invisible de la formation thérapeutique

Lorsqu'on se forme à un métier d'accompagnement – kinésiologie, psychothérapie, coaching, naturopathie – quelque chose de subtil et puissant se met en place : notre regard change. Nous commençons à voir les déséquilibres énergétiques, les patterns émotionnels, les blocages inconscients... partout. Y compris dans notre vie privée.

Cette nouvelle "vision" est une compétence précieuse pour notre futur métier. Mais elle peut devenir un piège redoutable dans nos relations personnelles si nous ne savons pas quand l'activer et quand la désactiver.

Cet article partage une expérience personnelle vécue durant ma formation en kinésiologie, qui m'a enseigné une leçon cruciale : comment distinguer les contextes et maintenir des frontières claires entre ma fonction de praticienne et ma vie de femme.

Contexte

Durant ma formation, j'ai rencontré un homme dans un cadre non-thérapeutique.

Attraction mutuelle évidente. Comportements clairs : recherche constante de proximité, regards soutenus, questions personnelles.

Mais aussi : mutisme émotionnel total, incapacité de clarifier ses intentions, puis fuite (ghosting) au moment crucial.

Mon erreur : Le glissement de posture

Sans m'en rendre compte, j'ai glissé de "femme qui rencontre un homme" à "praticienne qui analyse un cas" :

J'ai diagnostiqué son déséquilibre énergétique (Métal en vide post-divorce, Bois bloqué)
J'ai analysé son pattern comportemental (attachement anxieux, évitement sous stress)
J'ai compris ses blocages (peur de verbaliser, besoin de sécurité)
J'ai voulu l'accompagner ("validation douce", patience thérapeutique)
J'ai espéré sa guérison (optimisme du praticien)

Résultat ? Souffrance personnelle, échec relationnel, et une leçon professionnelle inestimable.

Les 5 pièges de la confusion des rôles

 

Piège #1 : La "déformation professionnelle permanente"

Le problème :
Quand on se forme à l'accompagnement thérapeutique, notre cerveau s'entraîne à analyser constamment. Ce réflexe devient automatique et s'active même hors contexte professionnel.

Manifestation dans la vie privée :

  • Vous "diagnostiquez" mentalement les personnes que vous rencontrez
  • Vous voyez leurs déséquilibres avant de voir leur humanité simple
  • Vous pensez déjà aux solutions/accompagnements possibles

Conséquence :
Vous ne rencontrez plus vraiment les gens. Vous les analysez. La spontanéité disparaît.

 

Piège #2 : L'empathie sur-développée

Le problème :
La formation thérapeutique développe (heureusement) notre capacité empathique. Mais sans frontières claires, cette empathie peut devenir envahissante.

Manifestation dans la vie privée :

  • Vous ressentez trop profondément la douleur de l'autre
  • Vous excusez des comportements inacceptables parce que vous "comprenez leurs blessures"
  • Vous patientez trop longtemps face à des situations toxiques
  • Vous donnez sans recevoir (déséquilibre relationnel)

Conséquence :
Vous vous sacrifiez au nom de la "compréhension", alors que dans une relation saine, la réciprocité est essentielle.

 

Piège #3 : La vision "potentiel" vs "réalité actuelle"

Le problème :
En formation thérapeutique, on apprend que "tout déséquilibre peut se rééquilibrer" avec le bon accompagnement. Vision optimiste et vraie... dans un cadre professionnel.

Manifestation dans la vie privée :

  • Vous voyez ce que la personne pourrait devenir (son potentiel)
  • Vous minimisez ce qu'elle est actuellement (sa réalité)
  • Vous restez en espérant qu'elle "va se débloquer"
  • Vous oubliez : ce n'est pas votre rôle de la réparer

Conséquence :
Vous vous attachez à une projection future, pas à la personne réelle. Et vous souffrez quand la réalité ne change pas.

 

Piège #4 : La confusion "aider" vs "aimer"

Le problème :
Quand on a une vocation d'aidant, il devient facile de confondre l'envie d'aider quelqu'un avec l'amour authentique.

Manifestation dans la vie privée :

  • Vous êtes attiré(e) par des personnes "à réparer"
  • Votre sentiment amoureux se mélange avec votre mission de soin
  • Vous restez par compassion, pas par amour sain
  • Vous glissez dans le Triangle Dramatique (Sauveur/Victime/Persécuteur)

Conséquence :
Vous construisez une relation thérapeutique déguisée en relation amoureuse. Ce n'est sain ni pour vous, ni pour l'autre.

 

Piège #5 : L'illusion du "je peux l'aider"

Le problème :
Fort de vos nouvelles compétences en formation, vous pensez pouvoir accompagner vos proches vers leur guérison.

Manifestation dans la vie privée :

  • Face à une personne blessée qui vous attire, vous pensez : "Je SAIS comment l'aider"
  • Vous vous positionnez inconsciemment en "thérapeute informel"
  • Vous donnez conseils, outils, écoute... sans cadre professionnel
  • Vous attendez des résultats (comme dans votre future pratique)

Conséquence :
Double échec : ni la relation amoureuse ne fonctionne (déséquilibre de rôles), ni la "thérapie informelle" (pas de cadre, pas de contrat, pas de supervision).

Les signaux d'alerte : Etes-vous en train de glisser ?

Test rapide - Posez-vous ces questions :

Dans votre relation privée, est-ce que vous :

❓ Analysez mentalement les déséquilibres énergétiques de la personne ?
❓ Pensez régulièrement "je comprends pourquoi il/elle fait ça" (lecture thérapeutique) ?
❓ Patientez en vous disant "il/elle a besoin de temps pour guérir" ?
❓ Donnez beaucoup plus que vous ne recevez (déséquilibre) ?
❓ Voyez son "potentiel futur" plus que sa "réalité actuelle" ?
❓ Ressentez l'envie de l'accompagner vers sa guérison ?
❓ Excusez des comportements problématiques parce que vous "comprenez ses blessures" ?

 

 

Si vous répondez OUI à 3 questions ou plus : vous êtes probablement en confusion de rôles.

La grille de distinction : Quel contexte, quelle posture ?

Contexte PROFESSIONNEL (cabinet, séances) 🩺

Critères                                            Posture appropriée

Rôle                                                    Praticien(ne)

Objectif                                           Accompagner la guérison du client

Analyse                                           Activée (déséquilibres, patterns) - OK

Empathie                                       Maximale (dans le cadre) - OK

Patience                                         Infinie (c'est votre métier) - OK

Attentes personnelles          Aucune (relation asymétrique assumée)

Réciprocité                                  Non requise (le client reçoit, vous donnez)

Durée                                              Limitée (séance définie)

Limites                                            Cadre clair, déontologie, supervision

 

Contexte PRIVÉ (relations amoureuses/amicales) 💘

Critères                                            Posture appropriée

Rôle                                                    Personne (femme/homme/ami(e))

Objectif                                           Partager, construire ensemble

Analyse                                           Désactivée (spontanéité) - OK

Empathie                                        Présente MAIS dosée (avec limites) - OK

Patience                                          Limitée (pas infinie)

Attentes personnelles           Légitimes (relation symétrique)

Réciprocité                                   Obligatoire (équilibre essentiel)

Durée                                                Variable (selon relation)

Limites                                              Respect de soi, besoins exprimés

Les 4 questions essentielles AVANT de s'engager

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